Jean-Noël L'Harmeroult

À propos de Manhattan Transfer

"Un Monde Liquide"
Pastel sec, sur impression pigmentaire. Papier Fine-Art. 110 x 97 cm. Pièce unique.



   Manhattan, la rue, le béton, la brique...Six années à arpenter le quadrillage complexe de la célèbre ville. 
Transfer Sir? Do you want a transfer? Jean-Noël L'Harmeroult a dû être fort attentif à ce questionnement quotidien tandis qu'il travaillait à New York, en tant que photographe de mode. Quoi comprendre en effet du sens du mot "transfer" argué par les chauffeurs new-yorkais qui vendent du transfert comme l'on vend ailleurs des marrons.
   Central Park, Soho, Wall Street, l'Empire... le Nikon en bandoulière, l'artiste tire des milliers de clichés en noir et blanc, principalement des structures qu'il garde dans un carton, longtemps... Et le temps a passé, et l'idée a fleurie, comme l'appelle d'une obligation du destin, qui, après un long temps de pause, s'impatiente maintenant de galoper au jour nouveau.
   Le jour nouveau. On en a beaucoup parlé concernant la ville de New-York après avoir été frappée dans ses entrailles d'acier. 
Jean-Noël L'Harmeroult sent bien qu'après l'effondrement des Twins, et parce que rien ne peut stopper la vie, l'homme redémarrera une autre histoire qui poursuivra celle qui l'a précédé.




 
C'est là que l'idée germe vraiment. Après que sa nouvelle Éve prêche les retrouvailles avec l'esprit à grands coups de clé aux quatre coins de la planète, (exposition La Clé d'Or en 2005 à l'Espace Rothschild-Saint-Honoré, Jean-Noël décide de missionner
sa muse en l'envoyant déambuler dans les rues noires et blanches de ses années transfert.
   Le transfert, c'est maintenant qu'il a lieu et l'artiste le sait bien, lui qui fixe mieux que personne le flux du temps dans son objectif. Montages numériques sur l'établi, les black & white accueillent généreusement la couleur. L'idée du monde liquide s'affirme d'avantage. L'artiste saute de la photographie à pieds joints dans les flaques d'encre qui taquinent ses imprimantes comme un torero le taureau, jusqu'à ce qu'elles crachent du vivant, jusqu'à ce qu'elles bavent ce qui est resté caché en elles, qu'elles procèdent enfin au transfert du photographe vers l'artiste.
Fusain sur impression pigmentaire. Papier Fine-Art. 97 x 110 cm. Pièce unique.
Pastels sur impression pigmentaire. Papier  Fine-Art. 81 x 110 cm. Pièce unique.
 
  Les encres coulent comme des aquarelles  entraînant les matières dans une liquéfaction alchimique, celle de la chrysalide quand elle devient papillon. A chaque oeuvre nouvelle, l'artiste franchit des passages qui sont autant de portes qui permettent d'interprèter l'autre façon de voir les choses. C'est en s'appuyant sur 'l'imprévu' que L'Harmeroult a mis à jour des processus, la démarche empirique profitant de la protection d'une réflexion philosophique de haut vol.
Détaché de la représentation officiel du monde qui cherche à reproduire à la perfection ce que l'oeil humain voit sur clichés photos, le peintre-photographe fait vivre sur son oeuvre une signalétique qui joue à cloche-pied d'un tirage à l'autre. Au moment où le tirage photographique est devenu 'parfait', il commence à agir, forçant à pousser plus en avant une vision de l'oeuvre dont il réfute la paternité. Jean-Noël ne cherche pas., il attends que 'ça lui dise'!



La posture mentale au regard de l'oeuvre est toute pareil à celle du Zazen qui voit sans regarder, attendant que sa conscience lui souffle quoi faire. La voie intérieure glisse à l'oreille quelque chose qui n'est pas forcément des mots dans des instants si court, que l'artiste a juste le temps de saisir le fusain ou le pastel afin d'agir sur la photographie, de tuer son statut d'image, de la transformer en une oeuvre picturale unique.
Cinq bleus, deux jaunes, trois verts, deux roses, un noir, un blanc servent d'interprètes à l'idée qui irradie la conscience de l'artiste au moment de l'acte. Le travail se resserre sur l'instant du temps, répétition d'un geste qu'il aura réalisé mille fois au moment du déclenchement de ses appareils photographiques en quête d'instants justes. L'éloignement de l'esthétisme de la mode est totale. Jean-Noël plonge très loin dans les profondeurs auxquelles la photographie ne peut plus avancer.

Marc-Laurent TURPIN
Pastels et fusain sur impression pigmentaire. Papier Fine-Art. 104 x 110 cm.
Pastels et fusain sur impression pigmentaire. Papier Fine-Art. 110 x 100 cm. 



NB : "À l'époque ou j'ai créé 'La Clé des Secrets', puis 'Manhattan Transfer', je m'interrogeais sur les 90% d'eau qui nous constituent en tant qu'êtres humains, et sur les questions philosophiques que cela pouvaient entrainer. J'ai eu l'idée de 'perturber' quelque peu le fonctionnement de mon imprimante, afin que les buses se mettent à cracher le l'encre de façon anachique, et restituent l'impression de liquéfaction".
Comme vous pouvez l'observer à gauche sur le corps de Carole, un réseau veineux d'un bleu royal c'est dessiné.

Jean-Noël L'Harmeroult
Créé avec Artmajeur